Vœux sur fond d’autocritique au syndicat des Eaux

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Nous ne pouvions pas bouder un exercice qui se fait trop rare dans nos administrations et nos entreprises : en remettant en cause leur propre gestion de crise, le président du Sieam semble déjà promettre au syndicat un avenir meilleur.

Michel Jousset, Mouhamadi Bavi Moussa et Camille Abdullahi, directeur de cabinet
Michel Jousset, Mouhamadi Bavi Moussa et Camille Abdullahi, directeur de cabinet du président

« La transparence »… Le mot était sur toutes les lèvres au Syndicat Intercommunal des Eaux et d’assainissement de Mayotte (Sieam) ce vendredi soir, lors des vœux du président Mouhamadi Moussa, dit « Bavi ». On ne sait pas trop si la crise de pénurie d’eau doit se conjuguer au présent ou au passé, mais elle était bien au centre du discours.

« Une eau de bonne qualité à un prix abordable, un assainissement efficace, un programme d’investissement conséquent »… L’ambition du syndicat retracé par le président a eu du mal à être suivie ces deux dernières années. Allant jusqu’à menacer sa pérennité. Comme il l’évoque, la structure qui gère l’eau potable et l’assainissement pour les communes n’avait plus de commandant, et avait un grand besoin de DGS, vide désormais comblé avec l’arrivée il y a deux mois de Michel Jousset, ex-Ingénieur projet à Suez Environnement et chez Eiffage.

« Nous agissons en toute transparence », prévient Bavi dès l’introduction en évoquant un audit conduit par le groupement de cabinets Mensia-Naldeo, transmis en interne et aux services de l’Etat, mais que le vœu de transparence ne poussera pas jusqu’à en faire la publicité en public, venu toujours nombreux à cette célébration annuelle à Kawéni.

Responsabilités internes

Les invités avec au premier plan le président de l'association des maires
Les invités avec au premier plan le président de l’association des maires

C’est dans l’évocation des deux catastrophes qu’a traversées le syndicat qu’il émettra ses critiques. L’accident de la station du Baobab en février 2015 pour commencer, qui s’est déversée pendant plusieurs jours dans la mangrove, où Bavi évoque « une insuffisance des méthodes de travail et des procédures de contrôles », et même « des défaillances de management. » Faute avouée…

Même constat pour la crise de l’eau potable, « à laquelle nous venons sans doute d’échapper », en pointant une part de responsabilités internes « qu’il n’est pas question de cacher et dont nous sommes en train de tirer des leçons ».

Selon nos informations, il s’agit notamment des liaisons nord-sud, pensées pour contrer la première grosse alerte de pénurie de 2010, mais qui n’étaient en réalité toujours pas effectives, et ont été rendues opérationnelles par l’urgence de la situation actuelle.

« Moments houleux »

Une foule nombreuse... abritée d'une pluie longtemps attendue
Une foule nombreuse… abritée d’une pluie qui s’était fait attendre

D’autre part, un plan de redressement a été élaboré au regard des résultats de l’audit. Réorganisation des services, réalisations des projets de mise aux normes européennes de l’assainissement et rééquilibrage du budget. Tout en proposant des installations « économiquement supportables par les Mahorais », un travail mené avec la DEAL et le SGAR de la préfecture, « difficile avec des moments un peu houleux, mais nous sommes satisfait du résultat. »

En matière d’approvisionnement en eau potable, 1 million d’euros a été consacré à la réalisation de l’adduction Sud de Sada, et une seconde tranche de 4,1 million d’euros va démarrer. Mais c’est surtout l’assainissement qui reste le gros chantier : plus de 15 millions d’euros ont été dépensés pour la collecte et le transfert des eaux usées de Labattoir, de Mamoudzou, de Bandrélé, de Nyambadao, d’Ougojou et d’Hajangoua.

L’assainissement gagne du terrain

La madrassa Madania de Boueni
La madrassa Madania de Boueni

En 2016, de nouveaux chantiers vont démarrer, correspondant au prévisionnel du Contrat de projet Etat-région et à la consommation de fonds européens. Pour sécuriser et améliorer la distribution d’eau potable, le transfert de l’usine de Bouyoni vers Mamoudzou sera renforcé, la retenue de Dzoumogné sera interconnectée avec l’usine de potabilisation de l’Ourovéni qui sera étendue et verra ses eaux traitées par charbon actif, des acquisitions foncières réalisées pour le barrage de l’Ouroveni.

Les communes touchées par la mise en place ou l’amélioration de leur assainissement seront Mamoudzou avec la poursuite du transfert des eaux usées vers la station d’épuration (STEP) du Baobab, la réalisation du système d’assainissement de Sada, Chiconi, Ouangani, les études d’implantation de STEP en Petite Terre, Mamoudzou Sud, et des études pour Boueni et Bambo-ouest.

Si on rajoute les travaux de construction de la STEP de Bandrélé, le coût des projets atteint 33 millions d’euros.

Malgré les problèmes fonciers, l’assainissement finit peu à peu par gagner du terrain, mais la route est encore longue pour un Sieam heureusement redevenu opérationnel.

La soirée se poursuivait sur les chants de la madrassa Madania de Bouéni.

Anne Perzo-Lafond
Le Journal de Mayotte

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