Comores : le gouvernement annonce une ligne de crédit au profit du secteur privé

Les autorités se portent garantes d’un fonds de cinq milliards de francs comoriens (10 millions d’euros) qui sera mis à la disposition des opérateurs économiques par "des banques partenaires" pour les accompagner dans la multiplication de leurs capacités de commande des denrées alimentaires. L’objectif immédiat est d’augmenter l’offre et lutter contre l’inflation par la demande. Par ailleurs, le ministre des Transports annonce l’acquisition d’un bateau qui devrait assurer la ligne Moroni-Longoni pour le transbordement des conteneurs bloqués au Port de Mayotte.

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Comores, Mayotte, CMA CGM
Les autorités comoriennes annoncent un plan d’accompagnement des opérateurs économiques

La crise du fret, la hausse des denrées alimentaires à l’international et la pénurie de certains produits de grande consommation aux Comores ont poussé les autorités du pays à agir. Le gouvernement vient d’annoncer une ligne de crédit d’un montant de cinq milliards de francs comoriens (10 millions d’euros) qui sera mise à la disposition des opérateurs économiques, les commerçants en particulier.

La décision, prise en Conseil des ministres a été présentée, pour la première fois, il y a quelques jours, par les ministres de l’Economie, Mze Aboudou Mohamed Chanfiou, des Finances, Souef Kamalidini, et des Transports maritimes et aériens, Ahmed Ali Bazi.

« L’accompagnement du secteur privé est, pour nous, un devoir face à la situation que nous traversons aujourd’hui, surtout qu’on connait les difficultés actuelles en matière de logistique. Tout est parti à la hausse. Le gouvernement se devait d’agir », ont expliqué les trois ministres au cours d’une conférence de presse. « D’autres mesures seront prises à l’échelle de l’administration et des armateurs pour faciliter les opérateurs économiques », ont-ils ajouté.

Une inflation par la demande

La ligne de crédit, avec un taux négocié à 6% (contre environ 13% habituellement), permettra de soutenir tout commerçant qui souhaite engager une opération de commande de denrées de première nécessité. Les fonds peuvent éventuellement couvrir certains coûts liés au transport des marchandises. Les produits carnés, la farine et certaines denrées deviennent rares. Les autorités ne cessent d’accuser des grossistes de « cacher les produits » pour ensuite jouer les spéculateurs. Le ministre de l’Economie a toutefois reconnu une baisse de la commande de certains produits comme la farine avec « une baisse de 33% », comparée à l’année dernière à la même période.

Les prix des denrées alimentaires ont explosé. (Ici à Volovolo, le plus grand marché de Moroni).

La dernière enquête actualisée sur la consommation des ménages souligne « une hausse » de l’inflation par la demande. La rareté des produits a eu comme conséquence la hausse en cascade des prix de grande consommation. Les prix des produits des alimentaires, les boissons également, « ont augmenté de 3,1% en rythme mensuel en raison d’une augmentation des prix de la viande (+3,8%), poissons et fruits de mer +11,4%), lait, fromage et œufs (+1,7%), légumes et tubercules (+0,3) », d’après une récente conclusion faite par l’Institut national des statistiques, des études économiques et démographiques (INSEED).

Le dernier bulletin national sur l’Indice harmonisé des prix à la consommation (IHPC) révèle que « les prix des produits importés et ceux des produits locaux ont enregistré une hausse respective de +1,6% et +2,3% ». Le document consulté par le JDM souligne que « le niveau de prix des produits frais et ceux des produits énergétiques ont connu une progression respective de +3,7% et +0,1% ».

La ligne de crédit annoncée est une alternative pour pousser les commerçants à augmenter l’offre. Le gouvernement projette une baisse des prix des produits de première nécessité. L’avenir nous dira si cette initiative contribuera à atténuer le niveau actuel des prix. Mais les spécialistes du domaine y croient et estiment qu’une augmentation de l’offre permettra au marché de se réguler sur le long terme.

Ce fonds garanti par l’Etat est l’une des pistes préconisées par la Banque centrale des Comores (Bcc) pour soutenir les opérateurs économiques en panne sèche après la fermeture des frontières et le couvre-feu imposé pendant plusieurs mois qui a engendré une baisse des activités du secteur informel qui emploie plus de 60% des actifs. Il s’agit, d’après l’institution, d’un « soutien à la trésorerie des PME-TPE qui ont perdu au moins 50% de leur chiffre d’affaires et qui appartiennent à l’un des secteurs dont l’activité est interrompue de façon automatique ».

Les conditions d’éligibilité des fonds ne sont pas connues même si on connait déjà le profil des bénéficiaires. « Ces prêts sont destinés aux entreprises du secteur privé productif et du secteur informel. La garantie de l’État est accordée à hauteur de 70%, 80% ou 90% du montant du prêt, selon la taille de l’entreprise », avait déjà anticipé la Banque centrale dans son rapport 2020.

Le port de Moroni

Une ligne maritime Moroni-Longoni

La pénurie de certaines denrées s’explique aussi en grande partie par la hausse du fret et les bouleversements de la logistique internationale. Le prix de transport d’un conteneur, par exemple de Guangzhou*-Mutsamudu était de « 765 dollars », l’année dernière, d’après une note consolidée de la Direction générale de l’Economie. Entre janvier et juin 2021, selon des mêmes données consolidées, un conteneur de 20 pieds revient à 3000 euros Guangzhou-Moroni.

Au mois d’août 2021, le commerçant comorien se voit contraint de débourser 9000 euros pour payer les frais d’un conteneur de la Chine  à Moroni. En ce mois de septembre, le prix de transport d’un conteneur est de 10.000 euros entre Guangzhou-Moroni. Par ailleurs, les armateurs ont déserté des petites lignes comme celle des Comores. En plus, de nombreux conteneurs des géants armateurs comme CMA CGM sont bloqués par exemple, au port de Longoni faute d’un bateau pour les acheminer au port de Mutsamudu (Anjouan) ou de Moroni (Grande Comore).

Pour le consultant Hamidou Said Ali, il y a une urgence face aux problèmes de transbordement. « Le gouvernement comorien devrait créer une société de transport maritime qui sera en mesure de se doter d’un navire capable de transport 200 conteneurs avec deux rotations par mois avec une grue à l’intérieur du navire pour pouvoir accoster au Port de Moroni au lieu de décharger en rade », a souligné cet administrateur portuaire et spécialiste en Droit et Sécurité des activités maritimes et océaniques au Cabinet d’Etudes Stratégiques pour le développement en Afrique (CESDA).

Dans « Une note économique sur la ligne de transport maritime vers les Comores », remise ce mois de septembre au gouvernement comorien, Hamidou Said Ali a estimé que la ligne maritime Moroni-Longoni « est indispensable en raison de la proximité et du nombre important de conteneurs acheminés ». Il a ajouté que la compagnie maritime CMA CGM fait de Longoni « son port de transbordement dans la région et que cela est un avantage pour faciliter l’acheminement en temps record des conteneurs à Moroni ». Le ministre des Transports annonce ainsi l’acquisition d’un bateau qui devrait assurer la ligne Moroni-Longoni pour le transbordement des conteneurs bloqués au Port de Mayotte.

A.S.Kemba

* Canton (Chine)

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